#VisionNumérique / Premières réponses

La démarche lancée au cours des dernières semaines autour des questions sur le numérique adressées aux partis politiques est intéressante à plusieurs niveaux. Elle permet d’une part d’offrir un éclairage supplémentaire à une thématique qui peine toujours à trouver sa place dans l’espace politique. Elle offre aussi l’opportunité pour certains citoyens, intéressés et impliqués dans le numérique, de contribuer à la réflexion collective. Ce qui est tellement  important.

Les points de pression de la transformation numérique sont nombreux. Nous sommes en grande partie des cobayes consentants d’une transformation sans objectif ni direction connue, déterminée en grande partie par l’agenda d’affaires d’une poignée de grandes technos. Tout espace de réflexion qui s’interroge sur les sources et le sens de ces changements est, selon moi, très précieux. Émettre des idées et discuter, analyser les changements, partager les expériences sera toujours plus positif que la crainte, le cynisme ou la résignation. Nous sommes donc ravis de voir se multiplier les contributions spontanées de personnes issues de la communauté numérique.

En date d’aujourd’hui, 3 partis nous ont remis leur réponse (CAQ, QS et PQ). Nous souhaitons voir le dernier (PLQ) s’ajouter d’ici peu.

Vous pouvez consulter les réponses des partis à partir de cette page sur Medium: La #visionnumérique des partis politiques québécois. Vous êtes invités à lire, partager, commenter les positions des partis politiques. Petit rappel pour ceux et celles qui auraient ratés pourquoi nous publions les réponses sur Medium :  Nos questions aux partis politiques et le DGEQ (et ici, et ).

Quelques contributions intéressantes

Quelques personnes de la communauté numérique ont spontanément répondu aux questions proposées aux partis. Voici leur contribution: 
– Carl-Frédéric De Celles : De la campagne et du numérique
– Pierre-Luc Lachance : Le réveil de l’Ami Raton
– Patrice-Guy Martin: Huit réponses à huit questions sur le numérique
– André Bélanger : Quelques réponses aux questions sur le numérique pour les partis politiques

– Jean-Robert Bisaillon:  Élections québécoises 2018, environnement, politique culturelle et troisième révolution industrielle (il ne s’agit pas de réponses aux questions, mais d’une réflexion qui s’inspire du même questionnement et de la même démarche.

Rappel de la démarche:

Clément Laberge:
Quelle vision (numérique) pour le Québec?
Huit questions sur le numérique pour les partis politiques

Martine Rioux:
Le numérique en questions
– Le numérique en questions… la suite
– 8 questions pour une vision numérique

Yves Williams:
Des élections et du numérique
Plus que 2 semaines…
8 questions sur le numérique aux partis politiques

D’autres billets, contributions et réponses de partis vont s’ajouter d’ici quelques jours. Stay tuned! 


Photo by G. Crescoli on Unsplash

Nos questions aux partis politiques et le DGEQ

Le DGEQ vient-il de modifier les règles de la participation citoyenne à laquelle nous nous étions habitués? En envoyant une mise en demeure à Équiterre, l’enjoignant de retirer son analyse des programmes des partis politiques en matière d’environnement, le DGEQ vient ébranler une certaine tradition de nombreux intervenants de la société civile qui consiste à inviter des représentants de partis à débattre, à participer à des rencontres, à remplir des questionnaires.

Difficile de dénombrer le nombre d’événements ou d’actions à caractère politique qui sont organisés à travers la province durant une campagne électorale. Certains avec des objectifs très généreux qui visent à rendre plus visibles des thématiques complexes qui ne se retrouveraient jamais sur la place publique autrement; d’autres, comme la majorité des rencontres dans les chambres de commerce, qui sont des activités de financement lucratives pour l’organisateur.

Cette année, le DGEQ semble vouloir tracer un trait. On ne sait pas encore précisément ce que ce trait délimite, mais assurément le trait est en gros BOLD, et ses implications seront importantes : « Un citoyen qui compilerait sur son blogue personnel – pour lequel il paie des frais d’hébergement – les promesses électorales des quatre partis politiques, sans les commenter ou les comparer, s’exposerait-il au même traitement de la part du DGEQ? «Oui», a confirmé Pierre Reid à deux reprises lors d’une entrevue téléphonique avec le HuffPost Québec mercredi après-midi. »

Dans un tel scénario, l’espace de débat citoyen vient de fondre radicalement.

On peut s’interroger : en demandant spécifiquement à Équiterre de retirer de ses serveurs les documents litigieux, en faisant le même type de demande à la CSQ – qui avait fait une analyse comparée des programmes des partis – , en affirmant que tout citoyen pourrait faire l’objet d’une même mise en demeure s’il mettait en ligne certains documents qui analysent les partis, le DGEQ semble cibler très spécifiquement les nouveaux supports numériques.

Des informations de très haute qualité, impartiales, minutieuses sont générées par la société civile. La couverture des élections ne peut être réalisée par les seuls médias. Surtout pas aujourd’hui au moment où les médias d’information sont affaiblis et n’ont pas nécessairement les moyens de suivre les campagnes, les conférences de presse, produire des débats, faire des analyses de fond. Surtout plus aujourd’hui où les capacités d’analyse sont partout dans la société civile et les moyens de diffusion accessible et sont peu coûteux, voire gratuit. 

Ne pas permettre ce canal (à l’intérieur de balises précises), c’est laisser toute la place aux rumeurs, à la désinformation et aux fake news, plutôt qu’une information juste et impartiale. C’est mettre le couvercle sur des bénéfices tangibles de la culture des données.

Le DGEQ devra refaire ses devoirs de toute urgence et mettre son calendrier à l’an 2018.

Nos questions…

Ce petit préambule pour indiquer que notre démarche entamée auprès des partis politiques, pour qu’ils répondent à notre questionnaire, se poursuit.

Toutefois, pour qu’il soit clair que nous n’engageons aucuns frais d’aucune sorte, nous ferons paraître les réponses sur la plateforme Medium, qui est gratuite. Aussi ridicule que ça. Dommage!

La publication des réponses débutera ce week-end.

D’ici là, stay tuned!


Photo by Agence Olloweb on Unsplash

Huit questions sur le numérique pour les partis politiques

Depuis quelques jours, vous avez lu quelques bribes sur notre projet de sonder la vision politique des porte-paroles numériques des 4 principaux partis engagés dans cette élection provinciale. Je publie ici la liste des questions préparées avec l’aide de Clément Laberge et de Martine Rioux. Ceux-ci publieront aussi sur leur blogue ces mêmes questions avec leur propre présentation du projet conjoint.


RAPPEL

En 1995, lors de l’allocution de présentation du rapport sur l’autoroute de l’information, qui allait marquer les premiers pas du gouvernement du Québec dans le monde numérique, Jacques Parizeau lançait cette phrase : « Il faut se brancher pour construire, et non pour subir, la révolution du savoir ». Il soulignait ainsi l’exigence pour tout gouvernement d’être à l’avant-scène de l’initiative et de l’action s’il souhaite insuffler une direction aux transformations qui traversent nos sociétés. En 2018, plus que jamais, la transformation numérique fait son œuvre; et l’exigence d’être alerte face aux changements sociaux qui en découlent est toujours à l’ordre du jour. Nos partis politiques sont-ils bien outillés pour faire face aux défis numériques qui se dressent devant nous?

Depuis le début de la campagne électorale, l’avenir numérique du Québec n’a pas eu la chance de prendre beaucoup d’importance dans l’agenda électoral. Pas autant que nous aurions pu l’espérer, du moins. Pourtant, cette année, nous avons la chance de compter parmi les candidats des personnes ayant développé une expérience solide et diversifiée face aux défis de la transformation numérique. Malheureusement, le déroulement de la campagne ne leur a pas permis de mettre de l’avant la vision numérique qu’ils seraient en mesure de déployer.

À travers notre démarche, nous avons voulu leur offrir une tribune à ces candidats pour mieux nous éclairer sur ce qui les anime et mettre en valeur ce qui les différencie.  Martine, Clément et moi avons préparé un court questionnaire remis aux 4 porte-paroles numériques, en les invitant à nous répondre par écrit. Chacun à son rythme et selon son horaire; sans les contraintes des débats contradictoires.

Nous avons donc conçu ces questions comme des tremplins pour les aider à illustrer la philosophie politique à l’égard du numérique au Québec qui sous-tendra leurs actions lorsqu’ils auront à faire des choix, une fois élus.


QUI

Ont reçu les questions soit directement ou via leur attaché de presse :

  • Mario Asselin (CAQ) – candidat de Vanier-Les Rivières
  • Dominique Anglade (PLQ) – candidate et députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, ministre responsable de la Stratégie numérique
  • Michelle Blanc (PQ) – candidate de Mercier
  • Vincent Marissal (QS) – candidat de Rosemont


COMMENT

Les questions ont été distribuées voilà maintenant une semaine. Il n’y a pas d’échéance pour la production des réponses; nous sommes très bien conscients des contraintes auxquelles sont confrontées les candidats. Chacun a reçu comme information qu’aujourd’hui, le mardi 18 septembre, les questions seraient rendues publiques et qu’au cours des prochains jours seront publiées les réponses, au fur et à mesure de leur réception.

Huit thématiques composent le questionnaire. Mais nous avons demandé aux candidats de ne répondre qu’à 5 d’entre elles; celles qui leur permettront de mieux exprimer leur vision politique du numérique.


VOTRE PARTICIPATION

Nous invitons la communauté numérique à partager les questions et les réponses, ainsi qu’à les commenter sur l’un ou l’autre de nos blogues (ici, ou sur le blogue de Martine ou sur le blogue Clément), ou sur vos réseaux sociaux préférés.

Nous vous invitons aussi à utiliser le hashtag: #visionnumerique.


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LES QUESTIONS


A – INNOVATION

L’innovation est au cœur des discussions lorsqu’on parle de l’avenir numérique. Tout le monde y est favorable.

Sauf que quand de nouvelles pratiques économiques émergent à la suite de certaines innovations, les pouvoirs publics peuvent se trouver rapidement démunis.

On a qu’à penser à la difficulté du gouvernement à se faire une opinion sur la meilleure stratégie à prendre face à Uber. La question est d’actualité, car le projet-pilote qui devait durer une année (et qui en a finalement pris deux) arrive à terme en octobre, tout juste après les élections.

Que proposez-vous pour que les beaux discours en faveur de l’innovation ne s’évanouissent pas chaque fois que que l’innovation se transforme en très profonds et très rapides bouleversements sociaux ou industriels?


B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

On entend beaucoup d’insatisfaction par rapport à la manière dont l’administration publique a intégré les technologies numériques jusqu’à présent. L’administration publique qui n’est pas particulièrement reconnue pour son agilité, sa transparence et son innovation. Est-ce justifié selon vous? Pourquoi? Quel geste faudra-t-il poser pour transformer le fonctionnement de l’État de manière à ce qu’il utilise plus efficacement le numérique?

[Question au PQ, à la CAQ et à QS]

Le gouvernement a déposé une stratégie numérique en décembre dernier. Ce document sera-t-il un point de départ pour votre action ou envisagez-vous déjà de mettre cette stratégie de côté pour établir de nouvelles orientations prioritaires? Le cas échéant, quelles seraient-elles?

[Question au PLQ]

Vous avez présenté la stratégie numérique en décembre. Comment évaluez-vous à  ce stade l’atteinte de vos objectifs de transformation numérique? Comment comptez-vous aller plus loin si vous formez le prochain gouvernement?


C- ACCÈS À L’INFORMATION  

C’est pas mal unanime: la loi d’accès à l’information, et les processus qui lui sont associés, sont de plus en plus désuets — et les plus récentes tentatives de mise à jour se sont soldées par un échec.

Dans ce contexte, ne serait-il pas plus simple de définir par une loi-cadre qui précise que que tous les documents produits par l’État québécois doivent être publics et accessibles sans restriction dans un délai raisonnable, à moins de justifications explicites? Et sinon, pourquoi?

En complément, y a-t-il un lien, de votre point de vue, entre la loi d’accès à l’information, une politique de données ouvertes et l’utilisation de logiciels à codes sources ouverts/libres par l’administration publique?


D-  COMMERCE EN LIGNE

Le défi du commerce en ligne est complexe. Les difficultés actuelles ne tiennent pas seulement dans la timidité des commerçants locaux à faire le virage qui s’impose pour suivre leur clientèle. Le défi tient aussi à la concentration très forte dans le commerce en ligne dans les mains de quelques gros joueurs. Ex. 50% du commerce en ligne américain passe présentement par la plateforme Amazon.

Doit-on encourager en priorité la transformation numérique des commerçants par programmes d’accompagnement, de transfert de connaissances (et de compétences) avec un plus grand soutien financier?

     ou

Doit-on plutôt encourager en priorité des solutions innovantes (privées ou publiques) qui misent sur la mutualisation de ressources et de services pour offrir aux commerçants des environnements logistiques qui les rendraient plus concurrentiels ?

     ou

Doit-on au contraire laisser les entreprises s’adapter en fonction des forces du marché?


E- CULTURE

Croyez-vous que le numérique sera globalement positif ou négatif pour les créateurs québécois? Il s’agit plutôt d’une menace ou d’une opportunité pour notre culture nationale?

Dans ce contexte, comment les nouvelles formes de diffusion des produits culturels reconfigurent-elles notre identité culturelle? Doit-on revoir notre façon de penser et définir notre culture nationale?

Faut-il modifier les systèmes sur lesquels s’appuient nos industries culturelles (quotas, subventions, crédits d’impôt, etc.) pour tenir compte de cette nouvelle réalité?


F- DÉMOCRATIE

Nous sommes face à un étrange paradoxe :  celui d’une société instruite comme jamais dans l’Histoire, mais en pleine crise de confiance face au pouvoir politique et ses institutions. Cela, malgré tous les outils de communication et de réseautage à notre disposition.

Comment le numérique peut favoriser l’engagement et la participation positive des citoyens dans la vie démocratique?

Comment la transformation du fonctionnement de l’État peut-elle aider à réduire cette crise de confiance?


G- ÉDUCATION

Un peu partout à travers le monde, on voit se multiplier de nouvelles institutions d’enseignement (principalement privées), de niveau collégial et universitaire.

Est-ce une bonne idée pour le Québec de répondre à cette tendance avec un service concurrent (type eCampus)? Pourquoi?

Et si, oui, quels devraient être les objectifs de ce service? Quelles priorités devraient guider son développement?


H. DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

On parle peu de numérique et de développement régional, sauf en matière d’investissement pour l’emploi. Comment l’utilisation des technologies numériques peut-elle contribuer à soutenir et raffermir les économies régionales?

Concrètement, comment la mise en réseau d’informations, de ressources, de fournisseurs, de données, etc, pourrait créer de nouvelles opportunités économiques? Si oui, de quelle façon croyez-vous pouvoir soutenir ce type d’innovation? Quel rôle le gouvernement devrait-il avoir dans l’initiation de projets structurants qui pourraient consolider les économies locales?

Croyez-vous que le travail à distance et le travail autonome sont des alliés du développement régional? Si oui, comment proposez-vous d’agir pour soutenir le développement de ces nouvelles formes de main d’œuvre?

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Plus que 2 semaines…

Nous voilà à mi-chemin de la course électorale. Avec 3 des 4 principaux partis politiques qui comptent au moins un poids lourd du numérique dans ses rangs, on aurait pu s’attendre que le thème soit plus développé qu’aux élections précédentes. Malheureusement, on ne peut pas dire que les partis ont fait preuve d’audace, de créativité et de maturité. Bien au contraire.

Le PQ est sans doute, de tous les partis, celui qui s’est le plus avancé dans une réflexion sur le numérique avec sa volonté de brancher tout le Québec à la fibre optique, de s’inspirer de l’expérience estonienne pour revoir le système d’identification numérique des citoyens utilisé par l’État, et d’utiliser des applications de maillage pour favoriser le covoiturage et la mobilité urbaine. Les autres se sont montrés relativement discrets. Oui, de la connexion par ici, des infrastructures numériques de soutien à la création culturelle par là; il y a aussi des intentions de bien percevoir les taxes de vente en ligne. Mais peu de vision d’ensemble bien articulée. Du moins publiquement.

Même le débat à l’AQT ne nous a pas permis d’en connaître plus sur les intentions de chacun des partis, le contenu de cette rencontre n’ayant pas été partagée. Les médias n’en ont pas fait écho, non plus.

Nous n’avons plus que deux semaines pour en connaître plus sur les partis, sur leurs intentions et SURTOUT sur leur vison numérique. Car nous savons tous que chaque parti à sa propre vision du rôle du numérique dans l’avenir du Québec.

Voilà quelques semaines Clément Laberge, Martine Rioux et moi avions — spontanément, chacun de notre côté — proposé quelques questions que nous aimerions poser aux partis politiques au sujet de cette vision. La démarche s’est poursuivie. Nous avons produit ensemble une courte liste de questions que nous avons remise au porte-parole des 4 principaux partis sur la question. 

Au cours des prochains jours, nous publierons les questions transmises. Par la suite, nous partagerons les réponses reçues. Nous inviterons la communauté numérique à partager et discuter largement autour de ce projet. Et, espérons-le sans cynisme ni de désillusion.

Stay tuned!

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Les épouvantails analogiques

L’immigrant est toujours là prêt à surgir pour faire basculer le calme des élections. Pour donner un petit coup à droite, un petit coup à gauche. Mais surtout à droite. L’immigrant est un outil internationalement connu pour détourner le regard de l’électeur.  L’immigrant est une valeur sûre durant une élection. En fait, on devrait plutôt dire que c’est une menace sure.

L’immigrant porte en lui le gène de la menace. Menace pour l’équilibre précaire de nos économies (même en situation de pénurie de main-d’oeuvre), menace pour nos identités nationales et  culturelles, menace pour nos institutions et bien sûr pour nos traditions religieuses. La culture, la langue, l’histoire ne doivent pas être bousculées; juste bougées tranquillement, tout petit peu par tout petit peu.

Source – Influence communication –  8 septembre 2018

À côté de l’immigrant, il y a ces plateformes numériques qui colonisent nos économies occidentales, nos cultures, à grands coups de capitaux. Ils défrichent leur nouveau territoire. Ils ouvrent de nouvelles places marchandes lucratives, de nouveaux centres de diffusion musicale et cinématographique, de nouvelles places publiques pour entretenir nos amitiés. Dès lors qu’on met les doigts sur le clavier de l’ordinateur, nous parcourons le monde. Nous avons tous plus d’amis à l’étranger que n’en ont jamais eu tous nos ancêtres réunis. On s’amuse à acheter hors-taxe pour sauver quelques sous. On streame à plus que veux-tu. Notre perception des frontières, et des lois qui leur sont propres s’effritent. Notre identité culturelle est plus métissée que jamais.

Mais là, il n’y a pas de menace. Ou si peu. Mais tout cela est flou, c’est de l’intangible, c’est de l’indicible. Bref, c’est du numérique. Et le numérique, c’est l’avenir. C’est la jeunesse. Et il ne faudrait pas s’aliéner cette clientèle électorale.

L’immigrant lui, c’est du tangible, on peut voir concrètement la menace, c’est de l’analogique. Un épouvantail analogique qu’il est toujours facile de sortir durant les élections. Et un épouvantail, c’est connu ça fait peur.


Photo by Vidar Nordli-Mathisen on Unsplash

Google a 20 ans!

Déjà 20 ans que Google a commencé son aventure. De petit moteur de recherche prometteur issu de travaux universitaires, à micro-entreprise ambitieuse prête à en découdre avec les dizaines de moteurs de recherche en vogue à l’époque, et finalement multinationale qui dirige maintenant la majeure partie de la circulation Web. Son histoire est à l’image de ce qu’est devenu Internet aujourd’hui.

J’ai eu l’occasion de participer au dossier spécial de La Presse+ sur les 20 ans de Google en accordant une entrevue au journaliste Jean-François Codère. De la longue conversation que nous avons eue, JFC retient, entre autres, cette citation : « Comme utilisateur, j’adore Google, ma vie me paraît facilitée (…) mais comme observateur du Web, depuis longtemps, j’ai des réserves. »

Le Web, Internet, le numérique ont beaucoup changé depuis 20 ans. Ils ont beaucoup changé le monde aussi. En fait, ils l’ont refaçonné.

Le rôle et la nature des moteurs de recherche ont considérablement évolué depuis le début d’Internet. À cette époque, leur rôle était de rendre visible ce qui ne l’était pas; il devait rendre intelligible ce qui s’apparentait à un vaste magma de documents Web.

À l’instar d’une bibliothèque qui classe les livres et qui nous donne les outils pour les (re)trouver, les moteurs de recherche, les guides et les annuaires Web guidaient les internautes pour qu’ils développent leurs intérêts et trouvent les infos liées à ceux-ci. Mieux même, ils éduquaient toute une génération d’internautes à se retrouver dans un monde entièrement numérique; ils faisaient œuvre de pivot culturel.

Google dès son arrivée ne guidait déjà plus; lui, il trouvait. Avec son algorithme différent, il rendait plus simple, plus précise et plus pertinente la simple recherche par mots-clés et dévaluait l’apport de la navigation par annuaires et guides. Pour reprendre l’image de la bibliothèque, c’est comme si le préposé vous offrait un livre ouvert à la bonne page qui contient l’information souhaitée, sans avoir à vous rendre parmi les rayons de livres ni même consulter le reste du livre. Google a changé les choses. Il a changé le Web.

Depuis, Google a avalé le Web, l’humain est devenu un document comme les autres et les objets connectés fournissent toujours plus d’informations pour baliser notre réel. Google ne guide pas plus, mais il trouve toujours plus. Aujourd’hui, il donne la réponse sans même vous donner la peine d’aller consulter un site Web. Tu cherches une recette : tu tapes « spaghetti aux crevettes » et Google t’affichera une recette au-dessus de tous les autres résultats; plus besoin d’aller voir Ricardo ou di Stasio si Google te donne l’info complète. Tu cherches la bio d’un personnage célèbre et tout-à-coup une mise en page adaptée à une bio apparaît devançant tous les autres résultats venant du Web. Il te répond comme te répondrait un assistant qui travaille pour toi. En fait, c’est exactement ça: le moteur de recherche est mort, vive l’assistant!

Google vise dorénavant à te donner LA réponse; LA réponse unique que tu cherches; les autres résultats (le Web) sont là pour compléter. Le Web est de plus en plus optionnel. Google conduit de moins en moins, vers le Web. Le Web est la nourriture donnée à Google pour te donner LA bonne réponse. Google indexe, fouille, digère et il t’offre ce qu’il en a compris pour toi, en fonction de ce qu’il a compris de ce que tu cherchais, en fonction de ce qu’il comprend de toi. Google ne fait pas qu’avaler le Web, il le masque aussi de plus en plus.

Et c’est là que je suis inquiet. Je suis un utilisateur assidu du Google. C’est mon signet universel; c’est mon dictionnaire unique; c’est la porte d’entrée de mes divertissements;. Google, c’est plusieurs fois par jour, sur l’ordi comme sur le téléphone. Même pour mes News, dont il me prépare un bouquet de l’essentiel de l’actualité, chaque jour, à ne pas manquer. Bientôt, il prendra même mes rendez-vous. Google sera mon majordome indispensable. Je passe rarement une heure sans que mon clavier ne le sollicite. Je l’aime, il m’est indispensable, et je l’utilise abondamment..

Mais je reste méfiant de ce moteur qui n’en est plus un. J’ai des craintes face à l’avenir que nous prépare un assistant qui a le monopole de la recherche Web; un assistant qui a le monopole de la vérité, de SA vérité qu’il veut bien me fabriquer. Je suis méfiant face à un outil aussi indispensable (partout sur la planète) qui a construit son succès sur un algorithme qui calcule la pertinence en fonction de critères de popularité. Je reste méfiant de voir que l’accès à ce vaste réservoir d’information et de connaissance qu’est le web, est filtré par un algorithme complètement verrouillé, sur lequel aucune autorité légale, scientifique ou politique n’a droit de regard et qui ne répond en bout de ligne qu’à de simples impératifs commerciaux (et à un conseil d’administration dont la première tâche sera de défendre la valeur de l’actif des actionnaires). Je reste méfiant face à cet outil dont le modèle d’affaires est construit sur le principe qu’annonceurs et experts marketing pourront jouer à cache-cache avec l’algorithme pour augmenter la visibilité de certains contenus indexés au détriment d’autres contenus moins bien soutenus financièrement. Notre monde, nos choix, les informations, la connaissance sont chaque jour plus dépendant d’un outil totalement privé, fermé, sans contrôle ni régulation externe. Oui, cela me rend vraiment très méfiant.

J’ai plein de réserves face à Google, mais j’aime Google et je l’utiliserai longtemps encore. Du moins, jusqu’au jour où un index indépendant verra enfin le jour. Mais ce n’est vraiment pas demain la veille.

Bon 20e à mon moteur de recherche  mon assistant préféré!



Photo par Google