Aplatir la courbe

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J’aime bien le Dr Arruda lorsqu’il fait ses points de presse quotidiens. Il est à la fois apaisant, vulgarisateur et drôle. Une pandémie est une chose complexe; le bon Dr Arruda tempère les inquiétudes. Sa suggestion, voilà quelques semaines, de profiter du temps libre qu’offre le confinement  à plusieurs d’entre nous pour faire ce qu’on n’a jamais le temps de faire (et que, pour lui, ce sera le bon temps de faire des tartelettes portugaises), représente bien l’image chaleureuse et bienveillante qu’il dégage. Comme la grande majorité de la population du Qc, je suis un fan.

Ce qui ne l’empêche pas d’en échapper. Rarement, mais oui, il en échappe. Comme, par exemple hier, lorsqu’il a parlé des nerds dans leur sous-sol qui jouent à faire des projections (pour la citation complète, voir la transcription de la conférence de presse).

Le Québec a passé les 50 dernières années à accroitre considérablement la compétence mathématique de la population, la province a vu durant cette période une explosion de sa diplomation universitaire de 1er, 2e et 3e cycle. Aujourd’hui, une large partie de la population est équipée d’ordinateurs puissants, et nous sommes à ce moment précis où on enseigne partout que tout passe par l’analyse des données. Doit-on être surpris que nerds (et moins nerds) concoctent des belles courbes logarithmiques pour apaiser leur angoisse ? D’autant qu’avec le confinement, plusieurs ont enfin du temps (et pas nécessairement de l’intérêt pour la gastronomie portugaise). C’est plutôt un beau trait de société que voilà. À choisir, je préfère trop de citoyens qui font des projections logarithmiques que trop de citoyens qui alimentent leur imaginaire passivement devant le téléviseur à attendre que la tempête passe.

Non seulement ces nerds sont un bon signe pour notre société, mais ils devraient être encouragés. Pour l’instant, les données publiques sur la situation sanitaire sont difficiles d’accès. Dans d’autres régions du monde, les jeux de données historiques sur l’évolution sont mis en jour constamment. Ici, la transparence et l’ouverture des données ne sont pas encore à l’ordre du jour. Journalistes et nerds se débrouillent comme ils peuvent pour les recueillir, s’ils ne veulent pas se limiter au seul décompte morbide des morts, des infectés et des hospitalisés.

Deux équipes

Devant le combat sanitaire que nous menons, il y a deux équipes. Il y a d’abord cette grande équipe des professionnels de la santé, ceux et celles qui mènent une lutte quotidienne épique pour contrer la maladie. Et il y a l’autre équipe, nous, la population en générale, dont l’ultime travail est d’aplatir la courbe.

La réussite du combat que nous menons tous durant cette pandémie passe par la qualité et la promptitude des soins, mais aussi par notre capacité collective d’écraser cette courbe infernale. Le bon Dr Arruda l’a bien répété souvent : il faut aplatir la courbe.

Mais cette courbe qu’est-ce que c’est? C’est une courbe statistique. C’est la courbe qui montre que l’addition de tous nos gestes d’isolement et de ralentissement économique aura permis un ralentissement sensible de la propagation du virus. Pendant que les équipes médicales s’acharnent sur la maladie et le virus, la population est conviée à déjouer une courbe statistique.

Nos seules armes: notre patience, notre détermination, notre engagement. L’information complète et de qualité est parmi les meilleurs outils pour garder nos armes bien affûtées. Une information mal ficelée peut facilement générer plus d’angoisse que le contraire. N’offrir qu’une comptabilité quotidienne des morts et des infections déforme l’image du combat et minimise la responsabilité de cette grande équipe qui doit collectivement s’assoir sur cette fichue courbe.

Si le combat de la Team Population est de combattre la courbe, il faut la briefer, expliquer, donner les projections, entrer dans les détails, faire des comptes rendus, faire circuler, et répéter.

Les nerds dans les sous-sols sont d’excellents alliés dans ce combat. Tout comme le serait l’accroissement de la transparence de la partie du gouvernement et de la direction de la santé publique. Nous sommes rendus là.

Peut-être verra-t-on bientôt des points de presse techniques organisés pour alimenter en détails statistiques et en jeux de données historiques officiels les plus nerds d’entre nous de la Team Population ainsi que les médias qui comptent (ne l’oublions pas) de plus en plus de spécialistes dans l’analyse des datas. En attendant ce jour, voici une sélection de liens pour aider à comprendre en chiffres, en stats et en courbes logarithmiques comment se propage la COVID-19. Une sélection de sites de très bonne qualité qui devraient vous intéresser même si vous n’êtes pas nerds.

Pour comprendre « la courbe »

  • Coronavirus: The Hammer and the Dance
    Petit cours rapide en épidémiologie, où est bien expliqué comment se propage le virus et comment agissent les différentes mesures pour lui faire face. Depuis sa parution, l’article a été traduit en plus de trente langues, dont le français.

Quelques analyses

  • Stéphane Guidoin (un nerd dans son sous-sol) présente quelques fois par semaines des analyses statistiques de la situation au Québec, qu’il commente et compare à la situation internationale. Ses analyses sont présentées seulement sur Facebook, il vous faut donc un compte pour y accéder. On peut lire sur son blogue personnel: COVID19 – Quelle stratégie pour le Québec

Des tableaux de bord pour suivre l’évolution en temps réel de la pandémie.

  • Worldometers – Référence internationale en matière de suivis statistiques. L’équipe a ouvert une section spéciale dédiée au Coronavirus. Statistique mise à jour plusieurs fois dans la journée.
  • Our World In data – Autre référence internationale en matière de données. Le site est associé à l’université d’Oxford. Une section spéciale dédié au Coronavirus. Analyse en temps réel.

Au Québec

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