Clip: viralité et efficacité
Le clip Culture en péril fait beaucoup de vagues. On en parle sur toutes les tribunes, dans tous les espaces publiques. Deux choses se dégagent:
- c’est la première fois qu’un groupe rĂ©ussit Ă utiliser aussi fortement les techniques de propagation virale. La puissance de tir est unique, jamais aucun clip n’a atteint en si peu de temps un taux de pĂ©nĂ©tration aussi important au QuĂ©bec;
- ce n’est pas parce qu’un tel clip devient populaire et vogue sur une vague virale sans prĂ©cĂ©dent que les arguments passent, que les arguments convainquent. ViralitĂ© n’est pas synonyme d’efficacitĂ©.
La force du virale
Faisons un petit exercice de calcul et regardons ce que reprĂ©sente l’impact du clip Culture en PĂ©ril. Mercredi soir, en moment au j’écris, le clip a Ă©tĂ© visionnĂ© plus de 450 000 fois (versions courte et longue additionnĂ©es). Et cela en moins d’une semaine. Auquel on doit ajouter plus d’une centaine de milliers de visionnements supplĂ©mentaires provenant de tous les autres membres sur Youtube qui distribuent aussi le clip (ex. : JP131313JP, Miroirmirror ), et un autre 100 000 provenant d’une version sous-titrĂ©e qui a Ă©tĂ© mis en ligne durant le w-e. Donc plus de 650 000 visionnements, seulement Ă partir de la diffusion sur Youtube. Est-ce beaucoup ? Oui, c’est Ă©norme.
Qu’est-ce que cela représente? Établissons une comparaison avec les partis politiques. Depuis le début de la campagne combien de visionnements ont-ils réussi à cumuler?
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Conservateur: 121 245
Liberal: 111 677
NPD: 80 515
Bloc québécois: 29 262
Greenpeace: 7 836
Pour un total combiné de : 350 535 (jeudi 25/09/08: 0h00)
Bien sĂ»r, vous me direz que les partis ne mettent pas tous leurs vidĂ©os sur Youtube. Bien sĂ»r. N’empĂŞche, que ce clip dĂ©passe Ă lui seul la totalitĂ© des visionnements de l’ensemble des partis qui s’y trouve…. Et la vie active de ce clip n’est pas terminĂ©e. Et espĂ©rons que la vie des clips des partis ne le soit pas non plus.
Suivre l’Ă©volution du clip Culture en PĂ©ril
Ce tableau comprend le cumulatif de la version courte et la version longue, et se met Ă jour automatiquement chaque jour.
Viralité et efficacité
À quoi tient une telle popularité ? À plusieurs facteurs. Certes à la qualité de sa production (drôle, rythmée, efficace), à la popularité des personnes qui y figurent (les comédiens qui y jouent inspirent une certaine crédibilité). Quoi d’autres ? Le timing, bien sûr, propice à une telle attention (la période électorale représente un timing à la fois émotif, opportuniste et … périlleux).
Est-ce tout, bien sûr que non! Des bonnes productions même durant une période favorable n’ont jamais dépassées le stade du décollage. Le viral est un animal capricieux.
Pour qu’il y ait viralité, il faut des relais de diffusion. Tout bon virus à besoin de vecteurs de propagation. pour s’étendre. C’est idem pour la viralité d’un clip. Plus forts, puissants, crédibles sont ces relais, plus intense sera la dissémination. Qui sont les vecteurs de propagation qui ont favorisé l’explosion de ce clip : le monde des médias, du journalisme et de la culture, immédiatement touché et concerné par le contenu du clip. Journalistes, artistes, animateurs de médias ont largement contribué à lancer le mouvement viral. Forte et rapide exposition. En plus d’y ajouter une grande crédibilité.
Une fois partie, la viralitĂ© peut s’alimenter d’elle-mĂŞme, sa pĂ©nĂ©tration Ă©tant forte. Personnellement, Il y a longtemps que je n’avais reçu autant de courriers m’invitant Ă vite-vite-vite aller voir la vidĂ©o. La vague semble profonde, la diffusion pourrait durer encore un bon bout de temps.
Le revers de la médaille
Ce clip passera Ă l’histoire. Il sera connu comme celui ayant eu la plus rapide vitesse de propagation, et sans doute la plus large diffusion. Jamais aucun clip produit au QuĂ©bec et distribuĂ© sur Youtube, n’avait fait couler autant de bruit ou fait parler autant de lui Ă la tĂ©lĂ© ou Ă la radio. Aujourd’hui, il faut ĂŞtre complètement dĂ©connectĂ© des Ă©lections pour ne pas en avoir entendu parler.
Mais une question se pose. Est-ce que le clip atteindra son but et mobilisera la population autour de ses arguments ? RĂ©ussira-t-il Ă marquer autant points dans l’Ă©lectorat que le nombre de visionnements le laisse croire ? Rien n’est moins sĂ»r. En fait, Ă lire les commentaires, Ă©ditoriaux, lignes ouvertes, on serait presque tentĂ© de croire le contraire. Un peu comme si une partie de la population indiffĂ©rente Ă la culture et aux artisans de son industrie, s’était tout-Ă -coup senti interpellĂ©, et manifestait une vive opposition. Il y a longtemps qu’on avait entendu autant de commentaires dĂ©nonçant les subventions dans le domaine de la culture, exprimĂ©s avec autant de cynique et mĂŞme de hargne Ă l’endroit des artistes.
Un paradoxale phénomène par lequel ce clip qui devait mobiliser la population autour de la défense de la culture (et des subventions), tout à coup donne sens, voix et TRIBUNE à tous ceux qui n’en ont rien à faire de cette culture. Ils ont tout à coup le prétexte et les lieux pour le dire.
Ce clip aura fait la démonstration que VIRALITÉ et EFFICACITÉ ne vont pas nécessairement de pair.
Comment expliquer ce phĂ©nomène ? Difficile pour l’instant de se prononcer. C’est prĂ©maturĂ©. Dans quelques semaines peut-ĂŞtre! Après les Ă©lections, lorsque la vidĂ©o aura terminĂ©e sa vie utile, on verra peut-ĂŞtre mieux. Mais je pose tout de mĂŞme l’hypothèse que l’absence de « porte-paroles crĂ©dibles », directement associĂ©s Ă la production du clip crĂ©e un vide immense dans l’interprĂ©tation du message du clip.
Nous aurons surement l’occasion de revenir sur le sujet, j’en suis certain.
À lire aussi le billet de Martin Lessard : Culture en péril - Analyse du phénomène.







5 commentaires à “Clip: viralitĂ© et efficacitĂ©”
Je partage en bonne partie ton analyse, mais je pense qu’il ne faut quand mĂŞme pas tout ramener au rationnel. Une campagne Ă©lectorale c’est aussi Ă©motif… et je pense que si la vidĂ©o ne « convainc » pas forcĂ©ment les gens, elle n’en affecte pas moins le regard qu’ils portent sur les choses, Ă quoi ils accordent plus d’attention, etc. Et sous cet angle, la vidĂ©o me semble plus efficace.
Bilan de tout cela? je ne sais pas… mais je pense qu’il faudra tenir compte de cette dimension « encore plus intangible » dans l’analyse finale du phĂ©nomène dans son ensemble.
C’est vrai que les commentaires “pro-coupures” Ă©taient et sont particulièrement hargneux. Christian Aubry peut en tĂ©moigner. En mĂŞme temps, ils n’Ă©taient pas majoritaires du moins jusqu’Ă samedi dernier.
J’ai lu les 258 commentaires sur le blogue de P. LagacĂ©. Ils se rĂ©partissent ainsi :
- 126 commentaires en faveur du clip et/ou contre les coupures
- 84 commentaires contre le clip et/ou en faveur des coupures
- 48 commentaires non “classifiables” selon ma grille pour/contre.
Sur YouTube, je me suis arrêté aux 284 premiers commentaires :
- 203 pour et/ou contre les coupures
- 50 contre le clip et/ou en faveur des coupures
- 31 commentaires non “classifiables” selon ma grille pour/contre.
et, de mĂ©moire (qui n’est pas infaillible :-), seulement une minoritĂ© de commentaires soulevaient l’enjeu de l’anonymat des auteurs. D’ailleurs, autour de moi, on parle du clip de Rivard.
PS: J’Ă©mets l’hypothèse que les internautes conservateurs quĂ©bĂ©cois se coordonnent formellement ou informellement pour intervenir et que certains ont plus d’un alias.
@Clément
Parfaitement d’accord avec toi. Le fait que cela se produise durant la campagne Ă©lectorale aurait donnĂ© un contexte radicalement diffĂ©rent. Les Ă©lections n’auraient pas Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©es que ce clip n’aurait pas eu le mĂŞme impact, j’en suis certain. Les Ă©lections ajoutent en Ă©motion, en polarisation, et … en urgence.
@Gilles
Il est très probablement que des “machines Ă commenter” s’animent actuellement.
C’est pour valider cette hypothèse que je monitore les commentaires sur Youtube dans la chaine CultureEnPeril. On verra comment cela va se poursuivre, mais pour l’instant la courbe ne m’apparaĂ®t pas tout Ă fort “naturelle”.
Mais l’hypothèse reste Ă valider.
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