{"id":1473,"date":"2025-06-22T14:14:31","date_gmt":"2025-06-22T18:14:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.yveswilliams.com\/blogue\/?p=1473"},"modified":"2025-11-24T16:44:24","modified_gmt":"2025-11-24T21:44:24","slug":"limaginaire-social-assailli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yveswilliams.com\/blogue\/2025\/06\/22\/limaginaire-social-assailli\/","title":{"rendered":"Lorsque l&#8217;imaginaire social est assailli"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Ce printemps, j&#8217;ai particip\u00e9 \u00e0 des discussions de groupe (dans le cadre d&#8217;une recherche universitaire) sur l&#8217;impact des deepfakes et de la d\u00e9sinformation sur les personnes \u00e2g\u00e9es. Comme je fais maintenant partie de ce club select, et que la collision entre vieillissement de la population et acc\u00e9l\u00e9ration technologique m&#8217;interpelle, j&#8217;ai pris des notes pour me faire une t\u00eate sur le sujet. Voici un r\u00e9sum\u00e9 de ces notes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><br \/>Nous vivons dans un monde b\u00e2ti d&#8217;histoires plus que de b\u00e9ton. Un billet de banque n&#8217;est qu&#8217;un rectangle de papier color\u00e9 que notre foi collective transforme en tr\u00e9sor. Une Constitution reste lettre morte sans la croyance qui l&#8217;anime. M\u00eame la m\u00e9thode scientifique qui d\u00e9voile les myst\u00e8res de l&#8217;univers repose sur une culture partag\u00e9e de la preuve. Cette ossature symbolique n&#8217;est pas d\u00e9corative \u2013 elle est fondamentale. C&#8217;est elle qui rend possible l&#8217;\u00e9conomie, la justice, la science, la d\u00e9mocratie. Quand la confiance se fissure, les institutions vacillent, puis s&#8217;\u00e9croulent.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;univers de sens qui nous enveloppe constitue un v\u00e9ritable squelette de nos civilisations. Que se passe-t-il quand cette charpente invisible commence \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9grer? La d\u00e9sinformation contemporaine ne se contente pas de propager des contre-v\u00e9rit\u00e9s; elle dynamite les fondations m\u00eames de notre \u00e9difice social, scie m\u00e9thodiquement les poutres ma\u00eetresses qui soutiennent le toit commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce chaos, une fracture g\u00e9n\u00e9rationnelle b\u00e9ante se creuse face aux r\u00e9f\u00e9rents de v\u00e9rit\u00e9 : les g\u00e9n\u00e9rations ne partagent plus le m\u00eame patrimoine de confiance. Les plus jeunes, n\u00e9s avec Internet, ont int\u00e9gr\u00e9 d&#8217;instinct le doute et l&#8217;esprit critique permanent, tandis que leurs a\u00een\u00e9s \u2013 \u00e9lev\u00e9s dans la foi envers des autorit\u00e9s m\u00e9diatiques stables \u2013 se retrouvent d&#8217;autant plus d\u00e9sorient\u00e9s. Une \u00e9tude am\u00e9ricaine de 2019 a ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les plus de 65 ans partagent en moyenne sept fois plus de fausses nouvelles en ligne que les 18-29 ans, signe tangible de ce foss\u00e9 qui s&#8217;\u00e9largit.<br \/><br \/><strong>L&#8217;\u00e9volution d\u2019une arme de contamination massive<\/strong><br \/>On aurait tort de croire le ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, simple produit de nos \u00e9crans tactiles. L&#8217;histoire nous hurle cette le\u00e7on: chaque r\u00e9volution m\u00e9diatique ouvre d&#8217;abord une zone grise o\u00f9 la manipulation prosp\u00e8re avant que le droit et la vigilance critique ne rattrapent la technique. Dans les ann\u00e9es 1930, le r\u00e9gime nazi subventionnait le poste Volksempf\u00e4nger pour que la voix de Goebbels p\u00e9n\u00e8tre chaque foyer; en 1994 au Rwanda, la Radio T\u00e9l\u00e9vision Libre des Mille Collines dessinait des cartographies de la haine \u00e0 l&#8217;antenne, pr\u00e9cipitant un g\u00e9nocide qui co\u00fbta 800 000 vies. Lorsque le m\u00e9dium est neuf, la r\u00e8gle est floue, les plus cyniques s&#8217;y engouffrent \u2013 et le sang, in\u00e9vitablement, finit par couler.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&#8217;hui, la g\u00e9om\u00e9trie de la menace a explos\u00e9. Le co\u00fbt marginal d&#8217;un mensonge est tomb\u00e9 sous celui d&#8217;un espresso. Une \u00e9tude du MIT, publi\u00e9e en 2018, dans Science, l&#8217;a quantifi\u00e9: sur Twitter, un mensonge atteint son premier millier de destinataires six fois plus vite qu&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 et tisse des cascades 70% plus profondes. Il offre la surprise et l&#8217;\u00e9motion que r\u00e9clament les algorithmes. Ajoutez un g\u00e9n\u00e9rateur de texte IA, un filtre deepfake et un millier de bots low-cost: voici un torrent capable de submerger une salle de r\u00e9daction enti\u00e8re avant la premi\u00e8re pause-caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ceux qui ont grandi en consid\u00e9rant la photographie et la t\u00e9l\u00e9vision comme des miroirs fid\u00e8les du r\u00e9el, le choc est profond. Le principe jadis in\u00e9branlable du &#8220;voir pour croire&#8221; se d\u00e9robe sous leurs pieds : soudain, m\u00eame l&#8217;\u00e9vidence visuelle peut mentir. Les personnes \u00e2g\u00e9es, attach\u00e9es \u00e0 la preuve par l&#8217;image apr\u00e8s en avoir fait un axiome de bon sens des d\u00e9cennies durant, voient leur bon vieux bon sens trahi par des trucages num\u00e9riques d&#8217;une habilet\u00e9 d\u00e9routante.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus redoutable encore, la d\u00e9sinformation ne rugit plus \u00e0 la foule indiff\u00e9renci\u00e9e; elle chuchote \u00e0 l&#8217;oreille de chacun. L&#8217;affaire Cambridge Analytica a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la m\u00e9canique implacable: cinq mille points de donn\u00e9es par individu permettant d&#8217;ajuster au microm\u00e8tre la fl\u00e8che qui fera mouche \u2013 peur de l&#8217;\u00e9tranger pour l&#8217;un, ressentiment fiscal pour l&#8217;autre, th\u00e9orie du complot pour le troisi\u00e8me. La radio totalitaire fabriquait une transe collective; le micro-ciblage algorithmique sculpte des solitudes parall\u00e8les, chacune persuad\u00e9e que son flux personnalis\u00e9 repr\u00e9sente la matrice authentique du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9seaux sociaux jouent un r\u00f4le \u00e9minemment ambivalent pour les a\u00een\u00e9s : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, ces plateformes restent moins fr\u00e9quent\u00e9es par les plus \u00e2g\u00e9s que par les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, ce qui pourrait sembler les prot\u00e9ger en limitant leur exposition directe au chaos en ligne. De l&#8217;autre, lorsqu&#8217;ils s&#8217;y aventurent \u2013 souvent pour y trouver des nouvelles de leurs proches ou prolonger le lien social \u2013 ils en comprennent mal les dynamiques souterraines. L&#8217;algorithme, grand ordonnateur invisible des Facebook et autres YouTube, leur demeure largement opaque. Moins conscients des bulles de filtres qui enferment chacun dans ses pr\u00e9f\u00e9rences, ils risquent d&#8217;y prendre pour argent comptant ce que le fil d&#8217;actualit\u00e9 leur pr\u00e9sente.<br \/><br \/><strong>L&#8217;industrialisation du doute<\/strong><br \/>Cet artisanat de la d\u00e9fiance est devenu une industrie lourde. Selon l&#8217;inventaire mondial de l&#8217;Oxford Internet Institute, au moins 81 gouvernements ou partis politiques poss\u00e8dent leurs brigades num\u00e9riques \u2013 v\u00e9ritables manufactures de propagande aussi banales d\u00e9sormais qu&#8217;un centre d&#8217;appels externalis\u00e9. \u00c0 leurs c\u00f4t\u00e9s fleurissent des cabinets priv\u00e9s qui proposent &#8220;d\u00e9sinformation as a service&#8221; comme on vendrait du r\u00e9f\u00e9rencement SEO. Le retour sur investissement est vertigineux: pour quelques milliers de dollars, moindre co\u00fbt qu&#8217;une page de publicit\u00e9 dans un journal local, on peut faire vaciller la cr\u00e9dibilit\u00e9 d&#8217;un scrutin ou redessiner la perception publique d&#8217;une pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce march\u00e9 de la d\u00e9fiance num\u00e9rique n&#8217;\u00e9pargne pas les personnes \u00e2g\u00e9es. Leur isolement num\u00e9rique, souvent coupl\u00e9 \u00e0 un usage tardif et utilitaire du web, les rend parfois perm\u00e9ables aux messages bien format\u00e9s \u00e9manant de ces usines \u00e0 propagande. Une fausse citation, une image choc, un message alarmant circulant dans un groupe Facebook (ou WhatsApp) de retrait\u00e9s peut faire son chemin sans friction, port\u00e9 par la confiance du lien social, non par la rigueur de la source.<\/p>\n\n\n\n<p>La cible strat\u00e9gique n&#8217;est pourtant pas l&#8217;\u00e9lection ou la politique sanitaire; c&#8217;est la confiance elle-m\u00eame. Le Trust Barometer 2025 d&#8217;Edelman r\u00e9v\u00e8le qu&#8217;une majorit\u00e9 de citoyens des grandes d\u00e9mocraties jugent d\u00e9sormais les quatre piliers institutionnels \u2013 gouvernement, entreprises, m\u00e9dias, ONG \u2013 globalement indignes de foi, d\u00e9crivant l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une &#8220;soci\u00e9t\u00e9 de la ranc\u0153ur&#8221; o\u00f9 chaque institution est pr\u00e9sum\u00e9e coupable d&#8217;aggraver les in\u00e9galit\u00e9s plut\u00f4t que de les r\u00e9soudre. Ce transfert de la foi collective vers des influenceurs de niche ou des canaux Telegram clandestins amorce un court-circuit catastrophique: le billet redevient simple papier, la loi s&#8217;\u00e9vapore en encre s\u00e8che, la d\u00e9couverte scientifique se d\u00e9grade en simple opinion.<br \/>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La pathologie du sens<\/strong><br \/>Quand la soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;assure plus la m\u00e9diation symbolique qui transforme l&#8217;exp\u00e9rience brute en signification partag\u00e9e, elle sombre dans une &#8220;pathologie du sens&#8221;. Les faits se r\u00e9ifient en data d\u00e9sincarn\u00e9e, les institutions se vident de leur pouvoir d&#8217;incarnation, et ce vide aspire des mythes de substitution toxiques \u2013 conspiration mondiale, grand remplacement, tyrannie sanitaire. La d\u00e9sinformation n&#8217;est pas l&#8217;ennemie de la raison; elle appara\u00eet comme une rustine pos\u00e9e en urgence sur le pneu crev\u00e9 de la signification collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les personnes \u00e2g\u00e9es, ce d\u00e9r\u00e8glement du sens est doublement ravageur. D&#8217;une part parce qu&#8217;elles ont grandi dans un monde o\u00f9 le sens \u00e9tait socialis\u00e9 par quelques vecteurs forts : le journal papier, l&#8217;\u00e9cole r\u00e9publicaine, le pr\u00eatre, l&#8217;enseignant, le m\u00e9decin \u2013 autant de figures qui canalisaient l&#8217;interpr\u00e9tation du r\u00e9el. D&#8217;autre part, parce qu&#8217;elles se retrouvent aujourd&#8217;hui confront\u00e9es \u00e0 une cacophonie d&#8217;\u00e9nonc\u00e9s, sans hi\u00e9rarchie lisible, dans laquelle chaque opinion se vaut et s&#8217;affiche. Beaucoup oscillent entre r\u00e9signation et confusion, entre rejet global de l&#8217;information moderne et adh\u00e9sion impulsive \u00e0 des r\u00e9cits simplificateurs. Le bruit num\u00e9rique n&#8217;est pas seulement un brouillage technique pour elles : il agit comme un acouph\u00e8ne permanent de l&#8217;intelligible.<br \/><br \/><strong>Reconstruire le ciment social<\/strong><br \/>L&#8217;urgence n&#8217;est donc pas de r\u00eaver un retour impossible \u00e0 un \u00e2ge d&#8217;or mythique de l&#8217;information pure, mais de concevoir de nouvelles figures interm\u00e9diaires : des passeurs attentifs, des m\u00e9diateurs critiques, capables de filtrer le tumulte sans \u00e9touffer la pluralit\u00e9, de relier les savoirs sans les aplatir, d\u2019\u00e9clairer les zones grises sans sombrer dans le dogme. Ces figures de confiance ne seront pas n\u00e9cessairement expertes, mais outill\u00e9es pour habiter le brouhaha num\u00e9rique sans s\u2019y perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces m\u00e9diations devront aussi parler aux a\u00een\u00e9s. Les exclure des dispositifs de r\u00e9silience informationnelle, c&#8217;est abandonner une part pr\u00e9cieuse de notre m\u00e9moire et de notre sagesse collective. Il faut cr\u00e9er des espaces o\u00f9 l&#8217;on enseigne \u00e0 ces g\u00e9n\u00e9rations non pas \u00e0 devenir des experts num\u00e9riques, mais \u00e0 retrouver prise sur leur environnement symbolique. Des ateliers dans les biblioth\u00e8ques, des formations dans les maisons de quartier, des programmes interg\u00e9n\u00e9rationnels de co-apprentissage : tout ce qui permet de retisser une continuit\u00e9 entre hier et aujourd&#8217;hui, entre les r\u00e9cits d&#8217;hier et les enjeux du pr\u00e9sent, contribuera \u00e0 restaurer la densit\u00e9 du lien social.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, cela passe par des garde-fous techniques: filigranes cryptographiques sur les contenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par IA, registres publics pour la publicit\u00e9 politique, audits algorithmiques ind\u00e9pendants et contraignants. Mais plus fondamentalement, cela exige de redonner chair et substance au symbolique: des \u00e9coles o\u00f9 l&#8217;on apprend non seulement \u00e0 v\u00e9rifier un fait mais \u00e0 habiter un d\u00e9bat; des m\u00e9dias capables de montrer leurs coulisses et d&#8217;assumer leur subjectivit\u00e9 sans renoncer \u00e0 leur rigueur; des espaces num\u00e9riques trait\u00e9s comme infrastructures d\u00e9mocratiques vitales plut\u00f4t que comme r\u00e9servoirs d&#8217;attention mon\u00e9tisable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe du pollueur-payeur devrait-il s&#8217;appliquer aussi aux esprits. Plateformes et diffuseurs ne peuvent continuer d&#8217;engranger les b\u00e9n\u00e9fices du trafic \u00e9motionnel tout en externalisant les co\u00fbts sociaux de la pollution cognitive. L&#8217;\u00e9ducation critique doit cesser d&#8217;\u00eatre une option cosm\u00e9tique du programme scolaire: d\u00e9tecter un faux ne suffit plus, il faut comprendre pourquoi l&#8217;algorithme l&#8217;a propuls\u00e9, qui en tire profit, comment la col\u00e8re devient mati\u00e8re premi\u00e8re d&#8217;une \u00e9conomie de l&#8217;attention.<br \/><br \/><strong>Le choix d\u00e9cisif<\/strong><br \/>Refonder la confiance n&#8217;est pas un exercice de communication; c&#8217;est un travail d&#8217;architecte et de ma\u00e7on. Il faut remplacer les poutres symboliques l\u00e0 o\u00f9 le vide s&#8217;est creus\u00e9, puis colmater m\u00e9thodiquement les interstices o\u00f9 s&#8217;infiltre le bruit parasite. C&#8217;est un chantier \u00e0 ciel ouvert o\u00f9 se croisent protocoles techniques, r\u00e9formes institutionnelles, innovations p\u00e9dagogiques et nouveaux mythes fondateurs \u2013 car on ne chasse pas un r\u00e9cit toxique sans lui opposer un r\u00e9cit respirable. Le symbole n&#8217;est pas l&#8217;ennemi du fact-checking; il est la membrane vivante qui permet aux faits v\u00e9rifi\u00e9s d&#8217;irriguer l&#8217;imaginaire collectif.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous laissons prosp\u00e9rer l&#8217;industrie de la d\u00e9sinformation, nous n&#8217;aurons pas simplement plus de rumeurs et de mensonges; nous assisterons \u00e0 l&#8217;effondrement syst\u00e9mique des infrastructures de sens \u2013 tribunaux paralys\u00e9s, \u00e9lections vid\u00e9es de sens, recherche scientifique constamment soup\u00e7onn\u00e9e, d\u00e9bat public r\u00e9duit \u00e0 des soliloques parall\u00e8les o\u00f9 chacun se replie derri\u00e8re sa v\u00e9rit\u00e9 domestique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce danger est d&#8217;autant plus aigu pour les personnes \u00e2g\u00e9es que le d\u00e9r\u00e8glement du r\u00e9el se heurte \u00e0 toute une vie d&#8217;accumulation symbolique. Ce qu&#8217;elles avaient appris \u00e0 consid\u00e9rer comme rep\u00e8res stables \u2013 l&#8217;autorit\u00e9 du savant, la l\u00e9gitimit\u00e9 du vote, la rigueur du journalisme \u2013 se voit fragilis\u00e9, dissous. Le socle sur lequel reposait leur boussole int\u00e9rieure s&#8217;effrite. Nombre d&#8217;entre elles s&#8217;accrochent \u00e0 des r\u00e9cits plus rassurants, m\u00eame s&#8217;ils sont faux, parce qu&#8217;ils restaurent une forme d&#8217;ordre. D&#8217;autres, au contraire, plongent dans une d\u00e9fiance totale, o\u00f9 tout se vaut, tout se suspecte. Refaire soci\u00e9t\u00e9, dans ce contexte, exige de leur tendre la main, non comme \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves attard\u00e9s du num\u00e9rique, mais comme \u00e0 des partenaires d&#8217;une reconstruction du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si nous traitons le parasite comme un signal d&#8217;alarme, si nous reconstruisons un imaginaire commun assez vaste pour embrasser la pluralit\u00e9 et assez solide pour r\u00e9sister au vacarme, alors la crise actuelle pourrait devenir le tremplin d&#8217;une d\u00e9mocratie plus lucide, plus r\u00e9siliente.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire nous avertit: quand l&#8217;imaginaire collectif se l\u00e9zarde, la gravit\u00e9 sociale cesse d&#8217;op\u00e9rer. Les billets sont toujours imprim\u00e9s, les lois encore promulgu\u00e9es, les laboratoires encore actifs, mais la force magn\u00e9tique qui leur insufflait vie se dissout lentement. Nous sommes donc face \u00e0 un choix d\u00e9cisif: soit laisser la zone grise s&#8217;\u00e9tendre jusqu&#8217;\u00e0 ce que le dysfonctionnement devienne notre nouvelle normalit\u00e9, soir r\u00e9pondre \u00e0 ce syst\u00e8me de mensonges organis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le prix \u00e0 payer pour laisser sans contrainte les mod\u00e8les d\u2019affaires et les id\u00e9ologues politiques fragmenter notre imaginaire collectif pourrait \u00eatre impossible \u00e0 rembourser.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce printemps, j&#8217;ai particip\u00e9 \u00e0 des discussions de groupe (dans le cadre d&#8217;une recherche universitaire) sur l&#8217;impact des deepfakes et de la d\u00e9sinformation sur les personnes \u00e2g\u00e9es. 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